Des personnes défilent avec une photo géante du militant indépendantiste corse Yvan Colonna à l'occasion du deuxième anniversaire de sa mort, le 2 mars 2024 à Bastia, en Corse ( AFP / Pascal POCHARD-CASABIANCA )
Le détenu radicalisé accusé d'avoir assassiné en prison en 2022 Yvan Colonna, militant corse incarcéré à perpétuité pour l'assassinat du préfet Erignac, conteste son renvoi devant la cour d'assises spéciale chargée des affaires terroristes, a-t-on appris mardi de sources concordantes.
Franck Elong Abé, Camerounais de 39 ans, a fait appel de son renvoi pour assassinat en relation avec une entreprise terroriste devant la cour d'assises spéciale, ordonné par deux juges d'instruction, a précisé son avocat Benoît David à l'AFP.
"La qualification retenue tant d'assassinat que du lien avec une entreprise terroriste ne correspond pas à la réalité des faits. C'est pourquoi nous avons décidé de relever appel afin que M. Elong Abé soit jugé uniquement pour la réalité des faits commis", a-t-il expliqué.
L'agression avait eu lieu le 2 mars 2022 dans la prison d'Arles (Bouches-du-Rhône), où Yvan Colonna purgeait une peine à perpétuité pour l'assassinat du préfet Claude Erignac en 1998. Il est décédé des suites de ses blessures le 21 mars 2022 à l'hôpital.
A l'issue de leurs investigations, les magistrats instructeurs parisiens ont estimé que sa mort était "la conséquence directe" des coups que lui a portés Franck Elong Abé "dans des conditions d'extrême violence", selon leur ordonnance rendue jeudi et dont l'AFP a eu connaissance.
Ces coups avaient été suivis d'un étouffement d'Yvan Colonna pendant "plusieurs minutes", avant que Franck Elong Abé ne lui prenne "le pouls".
Pour les juges, la "volonté de tuer" apparaît "sans équivoque". S'agissant du mobile, les magistrats estiment que le projet visait "à éliminer un individu pour la seule raison qu'il a indiqué ne pas partager la même croyance".
Du côté des parties civiles, les avocats de la sœur et du frère d'Yvan Colonna, Mes Anna-Maria Sollacaro et Dominique Paolini, soupçonnent M. Elong Abé d'avoir fait appel en espérant "obtenir une remise en liberté du fait de délais trop longs".
Ces avocats, convaincus qu'Yvan Colonna a été victime d'un "assassinat au nom de la raison d'Etat", déplorent que M. Elong Abé n'ait pas été également renvoyé devant la justice pour "association de malfaiteurs terroriste".
A ce propos, ils espèrent que l'appel de l'accusé puisse être aussi l'occasion "de critiquer ouvertement et honnêtement un non-lieu dont seul Monsieur Elong Abé sait qu'il n'est pas conforme à la réalité".

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